Le: 2 décembre 2018

02/12/2018 – La Voix du Nord

Gilets jaunes: Après les violences à Paris, l’hypothèse d’un retour de l’état d’urgence

Après les limites montrées par le dispositif policier samedi à Paris, le retour de l’état d’urgence n’est plus «tabou» au sein du gouvernement au moment où sont déjà lancés des appels à une nouvelle mobilisation des Gilets jaunes dans la capitale.

Le déploiement policier (49 unités de forces mobiles, 4600 membres des forces de l’ordre) et la mise en place de vastes périmètres de sécurité pour protéger les institutions et les Champs-Elysées n’ont pas permis d’éviter un samedi noir à Paris, une semaine après les violents débordements du 24 novembre sur la célèbre avenue.

Si les «Champs» mis sous cloche par les forces de l’ordre ont permis à 500 manifestants de défiler sans heurts, les violences, barricades, voitures incendiées, pillages de commerces se sont propagés à l’ouest et au centre de la capitale après de premiers heurts au pied de l’Arc de Triomphe, noyé sous un déluge de lacrymogènes.

elon une source policière, quelque 14 000 grenades (lacrymogènes et de désencerclement) ont été utilisées par les seules unités CRS au cours de la journée.

«Le gouvernement ne voulait plus revoir les images de violences sur les Champs. On a décalé le problème», résume un policier parisien.

«On a eu deux échecs successifs sur la gestion du maintien de l’ordre à Paris. On fixe des lieux pour manifester où les gens ne viennent pas», observe Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa-police. «Il était impossible de contrôler les identités sur un lieu (la place de l’Etoile) où il y avait des manifestants si revendicatifs. Ça allait nécessairement poser problème. La stratégie des casseurs a été payante», complète le syndicaliste qui demande l’interdiction des prochaines manifestations.

«Pavés, tirs de mortiers, bombes agricoles, nous avons été confrontés à une extrême violence. À côté, la manifestation du 1er mai, c’était de la rigolade», témoigne un CRS présent sur la place de l’Etoile, inquiet d’une violence qu’il voit monter «crescendo».

«Il y a eu une stratégie gérée par des professionnels du désordre», selon Christophe Castaner. «Camouflées en gilets jaunes», 3000 personnes ont tourné dans Paris pour commettre des dégradations, rendant l’intervention des forces de l’ordre «beaucoup plus difficile», a défendu le ministre de l’Intérieur.

« Climat insurrectionnel »

Bertrand Cavallier, spécialiste du maintien de l’ordre et ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier, en Dordogne, pointe une configuration « inédite et complexe »: un agrégat de manifestants violents venus de l’ultradroite et de l’ultragauche, de la délinquance d’opportunité, des Gilets jaunes désireux d’en découdre au milieu d’une foule plus pacifique, une grande mobilité à rebours des cortèges traditionnels. « Tant qu’on n’aura pas dissocié casseurs et Gilets jaunes, il sera très difficile de pouvoir améliorer le dispositif », avance-t-il. « Vous pourrez avoir 1.000 policiers et gendarmes de plus, ça ne servira à rien ».

Attention aussi aux inégalités en terme de sécurité publique, prévient Guillaume Farde, co-auteur d’un rapport sur le maintien de l’ordre pour le think tank L’Hétairie, classé à gauche. « Pour sécuriser Paris, il y a de moins en moins de forces mobiles disponibles dans les territoires ».

La retenue des forces de l’ordre a permis « la possibilité d’un dialogue politique », affirme Bertrand Cavallier soulignant que « le maintien de l’ordre n’est jamais une solution définitive. »

Face à un « climat insurrectionnel », plusieurs syndicats policiers ont demandé dès samedi l’instauration de l’état d’urgence.

Le gouvernement n’a pas exclu de recourir à ce régime d’exception notamment mis en place après les attentats terroristes de Paris de 2015 ou après les émeutes urbaines de novembre 2005.

« Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n’ai pas de tabou », a déclaré Christophe Castaner. « Toutes les options doivent être étudiées », a estimé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. La garde des Sceaux Nicole Belloubet a estimé dimanche qu’il y avait d’autres «solutions» que le rétablissement de l’état d’urgence. «Je ne suis pas certaine que nous en soyons arrivés à ce stade et je pense qu’il y a d’autres modes de solutions que le rétablissement de l’état d’urgence», a-t-elle déclaré lors d’un point-presse au tribunal de grande instance de Paris.

La Ligue des droits de l’Homme rejette toutefois par avance ce scénario. « On ne répond pas à une crise sociale en limitant les libertés publiques », a assuré l’ONG.

Lien vers l’article ici