Le: 8 mars 2019

Maintien de l’ordre, « Il faut transformer les modes d’actions, pas la doctrine »

8/03/2019 – La Croix

La France doit-elle modifier sa doctrine du maintien de l’ordre ? La réponse de Bertrand Cavallier, ancien commandant du Centre d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne).

« Aujourd’hui, il y a une grande confusion entre doctrine de maintien de l’ordre et modes d’action. La récente déclaration du Ministre prouve bien qu’il y a une grande confusion dans l’analyse des choses. Il faut que les forces de l’ordre s’adaptent mais on ne doit pas remettre en cause leurs trois grands principes fondateurs : des hommes spécialisés et formés (gendarmes mobiles et CRS), l’emploi proportionné de la force et le principe de maintien à distance des adversaires qui favorise la désescalade.

Nous oublions souvent que de multiples pays sont alignés sur le modèle français. La France est la première à s’être spécialisée dans la formation du maintien de l’ordre, avec « les gardes mobiles » devenus la gendarmerie mobile, par la volonté de Clémenceau, en 1921.

Notre savoir-faire s’explique par une particularité française que nous devons prendre en compte : il y a sur notre territoire une culture de la violence qui imprègne les modes de contestation et notamment les manifestations. Une tradition du rapport de force qui tire peut-être son origine de la Révolution française.  C’est pour cette raison que la France va loin, a une politique très aboutie et dispose d’une palette d’armes et de forces intermédiaires utilisées selon la dangerosité de l’adversaire.

D’ailleurs, l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) a été validé par le Conseil d’État, en février, lors de la crise des Gilets jaunes. L’institution a jugé son utilisation « proportionnée aux troubles à faire cesser. » Et nous ne devons pas réduire ce débat aux Gilet Jaunes. Les  violences urbaines et la délinquance sont croissantes dans notre pays. Il faut que les forces de l’ordre aient les moyens de mener à bien leur mission, ne serait-ce que pour se protéger.

Il est aussi bon de rappeler la vocation première du maintien de l’ordre : renouer le dialogue pour un retour à la normale. Prenons l’exemple de Nantes et Notre-Dame-des-Landes : face à des manifestants radicaux, dotés d’une panoplie d’armes dangereuses, la gendarmerie mobile a su gérer la crise de manière exemplaire, modérément, en favorisant un retour à la normale jusqu’à l’aboutissement d’une décision politique.

S’il y a des corrections qui doivent être apportées, la doctrine du maintien de l’ordre doit perdurer. Preuve en est : engager des unités non spécialisées au maintien de l’ordre, comme c’était le cas à Paris, le 1er décembre, lors d’une mobilisation des Gilets jaunes, a produit un effet désastreux : beaucoup de casse et un pouvoir public complètement dépassé.

L’ONU et la Cour européenne des droits de l’homme donnent des leçons de morale mais ne sont pas confrontés à la réalité du terrain. Comparer la France à d’autres pays qui, eux, sont ostentatoires aux droit de l’homme me paraît décalé et déraisonnable. »

Annabelle Perrin

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